05/09/2026
Les perles des touristes en Périgord
20 questions qui ont fait trembler les Périgourdins
Chaque été, le Périgord accueille des touristes venus du monde entier. Ils arrivent avec leurs valises, leurs appareils photo, leurs chaussures de randonnée… et parfois une vision assez personnelle de la géographie, de la gastronomie et du fonctionnement d’un village périgourdin.
Voici un petit florilège — parfois inspiré du réel, parfois légèrement arrangé — de ces questions qui font sourire ceux qui vivent ici toute l’année.
1. « Le Périgord, c’est une ville ? »
Une grande classique.
Non, madame. Le Périgord n’est pas une ville. C’est une ancienne province historique, aujourd’hui répartie principalement entre plusieurs départements.
Mais rassurez-vous : on a quand même des ronds-points.
2. « Le Périgord noir, c’est parce qu’il y a beaucoup de charbon ? »
Non.
C’est notamment lié à ses forêts sombres, notamment de chênes et de châtaigniers.
Mais l’idée d’une mine de charbon sous Sarlat est plutôt séduisante.
3. « Et le Périgord rouge, il est où ? »
Alors là…
Il existe bien plusieurs appellations historiques : Périgord noir, blanc, pourpre et vert.
Mais pas de Périgord rouge.
Dommage. Cela aurait permis d’organiser un joli classement façon Tour de France.
4. « Les truffes, vous les trouvez au supermarché ? »
Oui.
Et les touristes repartent parfois avec un petit pot de « truffe » en pensant avoir fait l’affaire du siècle.
Le Périgourdin, lui, sourit poliment.
Il sait.
5. « On peut voir un cochon chercher les truffes ? »
Bien sûr.
Enfin… si vous trouvez un cochon disponible, motivé et qui accepte de poser pour les photos.
Aujourd’hui, les chiens sont aussi largement utilisés.
6. « Le foie gras, c’est vraiment le foie du canard ? »
Il y a parfois un moment de silence.
Puis quelqu’un répond doucement :
« Oui. »
Et soudain, le touriste regarde son assiette avec beaucoup plus d’attention.
7. « Le confit de canard, c’est du canard confit ? »
Non, c’est du canard qui a suivi une formation de développement personnel.
Bien sûr que oui.
Mais après trois jours en Périgord, il faut s’attendre à entendre parler du canard sous toutes ses formes.
8. « Vous mangez du canard tous les jours ? »
Question souvent posée avec inquiétude.
La réponse officielle est :
« Non. »
La réponse officieuse, en décembre, devant une assiette de confit, des pommes de terre sarladaises et une tranche de foie gras :
« Ça dépend. »
9. « Les pommes de terre sarladaises, c’est une variété de pommes de terre ? »
Non.
C’est une manière particulièrement délicieuse de les préparer.
Avec de la graisse de canard, de l’ail et du persil.
Autrement dit : le genre de plat qui fait oublier au touriste qu’il avait juré de « manger léger pendant les vacances ».
10. « Sarlat, c’est à combien de temps ? »
« Une demi-heure. »
« En voiture ? »
« Oui. »
« Et à pied ? »
Tout dépend de votre niveau de motivation.
Et surtout de la côte.
Parce qu’en Périgord, la distance annoncée par le GPS n’intègre pas toujours la notion de « montée qui casse les jambes ».
11. « Le château est d’époque ? »
Non.
On l’a construit hier matin pour les touristes.
Avec un peu de chance, il sera livré avec la piscine la semaine prochaine.
Plus sérieusement, certains châteaux périgourdins ont plusieurs siècles d’histoire.
Et ça se voit.
12. « Vous habitez vraiment dans les maisons en pierre ? »
Oui.
Et nous dormons dans les grottes.
Nous chassons le sanglier à la main et communiquons par signaux de fumée.
Bienvenue en Dordogne.
13. « Il y a des ours dans les forêts ? »
Non.
Mais avec suffisamment de touristes qui se perdent en randonnée, on pourrait peut-être envisager d’en réintroduire quelques-uns.
14. « C’est quoi, une bastide ? »
Excellente question.
Une bastide est une ville ou un village médiéval fondé selon un plan organisé, principalement dans le Sud-Ouest.
Mais ne vous inquiétez pas : vous reconnaîtrez rapidement la place centrale, les arcades et les rues qui donnent envie de prendre 47 photos.
15. « On peut visiter les grottes quand il pleut ? »
Oui.
Et c’est même une excellente idée.
Sous terre, vous serez au sec.
À condition de ne pas ressortir immédiatement pour prendre une photo sous la pluie.
16. « Pourquoi il n’y a pas de réseau ? »
Parce que les vieilles pierres ont décidé de protéger leur patrimoine.
Plus sérieusement, certaines zones rurales et vallonnées sont encore moins bien couvertes.
C’est peut-être aussi l’occasion de regarder autour de soi.
Oui, le paysage est magnifique.
Non, Instagram peut attendre.
17. « Vous avez Uber Eats ici ? »
Alors…
Nous avons quelque chose de beaucoup mieux :
le restaurant du village.
Avec un patron qui connaît votre prénom au bout de trois jours et une carte qui ne change pas forcément toutes les semaines.
18. « Le marché ferme à midi ? Mais pourquoi ? »
Parce que les producteurs ont commencé tôt.
Très tôt.
Et qu’ils ont probablement une vie après le marché.
Le touriste, lui, découvre cette information à 12 h 07, après avoir fait la grasse matinée.
19. « Vous avez du vin du Périgord ? »
Oui.
Mais si vous voulez vraiment du vin local, on vous orientera probablement vers les vignobles voisins du Bordelais, du Bergeracois ou de Duras selon l’endroit où vous vous trouvez.
Et là, le débat peut commencer.
Parce qu’en matière de vin, chaque village possède parfois son propre expert.
20. « Vous devez en avoir marre des touristes ? »
Voilà probablement la question la plus dangereuse.
Parce que la réponse dépend énormément de la date.
En juin :
« Mais non, ils sont adorables ! »
Le 15 août, à 18 h 30, après trois heures de circulation, une file d’attente au marché, deux réservations ratées et un touriste qui demande si la truffe pousse dans les arbres :
« …Comment dire ? »
Finalement, on les aime bien
Il faut bien l’avouer : sans les touristes, le Périgord ne serait pas tout à fait le même.
Ils remplissent les terrasses, découvrent nos marchés, visitent nos châteaux, achètent nos produits locaux et repartent souvent avec une seule envie :
revenir l’année prochaine.
Et puis, surtout, ils nous offrent chaque été une nouvelle collection de perles.
Alors, chers touristes, continuez à poser vos questions.
Demandez-nous où commence le Périgord.
Demandez-nous si le Périgord noir est vraiment noir.
Demandez-nous si les truffes poussent dans les arbres.
Mais, par pitié…
ne demandez plus à un Périgourdin si les pommes de terre sarladaises sont « sans graisse de canard ».
Il pourrait mal le prendre.