20/10/2026
MESSANGES : LE VILLAGE QUI A PERDU UN FLEUVE, UN PORT… ET QUI A DIT NON À UN CASINO !
La MACS comme vous ne l'avez jamais connue ! Épisode 3
Aujourd'hui, Messanges est un paisible village landais, entre océan, dunes et forêt. Mais saviez-vous qu'il a été lié aux rois d'Angleterre, que les Templiers y possédaient des terres, que l'Adour passait à ses portes et qu'un bateau prisonnier des eaux aurait donné son nom à l'étang de Moïsan ?
Et ce n'est pas tout !
Un immense incendie, un petit train surnommé « matchecul », un naufrage aux conséquences tragiques, des vignes dont les cépages se retrouvent à l'autre bout du monde et même un ancien camp de prisonniers pendant la Seconde Guerre mondiale…
Quant à l'histoire moderne du village, elle réserve une surprise de taille : en 1973, Messanges a failli devenir une immense station touristique, avec port lacustre, golf, casino et opérations immobilières.
Mais les élus de l'époque ont dit non !
Le Canard a remonté plusieurs siècles d'archives pour vous raconter l'histoire de ce village qui semble tranquille, mais qui a décidément beaucoup de choses à nous dire.
AU COMMENCEMENT, MESSANGES N'ÉTAIT PAS UNE HISTOIRE D'OISEAUX !
Commençons par son nom.
Avec « Messanges », on imagine naturellement de petits oiseaux gazouillant dans les branches des pins.
L'image est charmante, mais l'origine du nom reste mystérieuse.
Plusieurs explications ont été proposées. Certains spécialistes y voient la transformation d'un ancien nom de personne gallo-romain.
Une chose est certaine : le territoire est occupé depuis fort longtemps.
Des amas de coquillages découverts près de l'étang de la Prade témoignent d'une présence humaine ancienne.
À l'époque gallo-romaine, une voie littorale traverse cette partie des Landes. On la connaît sous le nom de « Camin Romiou ».
Plus t**d, les pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle emprunteront également les chemins du Marensin.
Mais à cette époque, pour traverser les Landes, mieux valait avoir de bonnes chaussures, de solides provisions et ne pas trop craindre les mauvaises rencontres !
1242 : LE ROI D'ANGLETERRE CONNAISSAIT DÉJÀ MESSANGES !
Voici notre première surprise.
L'une des plus anciennes mentions écrites de Messanges date de 1242, dans un document du roi Henri III d'Angleterre.
Pourquoi un souverain anglais s'intéressait-il à un petit village landais ?
Parce qu'à cette époque, l'Aquitaine est liée à la couronne d'Angleterre.
Le Marensin appartient à cet ensemble de territoires gouvernés sous l'autorité des ducs d'Aquitaine, également rois d'Angleterre.
Messanges est alors une paroisse rurale.
Ses habitants vivent de l'agriculture, de l'élevage, de la pêche, du bois, du miel et de la résine.
Ils habitent des maisons modestes, souvent construites en bois et en terre.
Le quotidien est difficile.
Mais il existe aussi, dans les environs, des personnages dont le nom fait encore travailler l'imagination.
Les Templiers !
1289 : LES TEMPLIERS POSSÉDAIENT DES TERRES À MESSANGES !
Non, le Canard ne vous annonce pas la découverte du Saint-Graal sous la mairie !
En revanche, les Templiers ont réellement possédé des terres sur le territoire de Messanges.
Un acte notarié de 1289 mentionne un domaine concédé par le commandeur du Temple de Bordeaux à un certain Guirot de la Perrade.
Ces possessions dépendaient de la commanderie de Moliets.
Le document évoque un « casau », un terme gascon désignant une maison avec les terrains qui l'entourent.
On ignore encore l'emplacement précis de ce domaine.
Certains historiens pensent que ces possessions pouvaient être liées à l'accueil des voyageurs et des pèlerins.
Et il faut dire que les chemins d'autrefois n'étaient pas toujours rassurants.
Certains lieux-dits de Messanges portent des noms particulièrement évocateurs.
Le « Ruste », le tuc des « Boulurs », autrement dit des voleurs, ou encore « Judas » !
Imaginez le panneau d'information touristique :
« Bienvenue à Messanges ! Après le chemin des voleurs, prenez à droite vers Judas ! »
Pas certain que cela aurait rassuré les pèlerins de Compostelle…
Mais ces noms appartiennent bel et bien à la mémoire du territoire, même s'ils ne permettent pas à eux seuls de reconstituer tous les événements qui s'y sont déroulés.
LE JOUR OÙ L'ADOUR A FAIT LA FORTUNE DE MESSANGES !
Voici sans doute le plus grand bouleversement de toute l'histoire du village.
Au début du XIVe siècle, entre 1307 et 1360 selon les recherches locales, le cours de l'Adour subit une transformation spectaculaire.
À la suite de tempêtes et de crues, le fleuve abandonne progressivement son ancienne embouchure du côté de Capbreton pour rejoindre l'océan plus au nord.
Il finit par déboucher près du Plecq.
Or, à cette époque, Le Plecq est un quartier de Messanges !
Ce territoire deviendra plus t**d Vieux-Boucau.
Et cette nouvelle embouchure va changer la vie de toute la région.
Une vaste rade naturelle se forme.
Les bateaux peuvent y trouver refuge.
Le commerce maritime se développe considérablement.
Du bois, du vin, de la résine et de nombreuses marchandises circulent par le port.
Messanges profite de la prospérité de son quartier maritime.
Aux XVe et XVIe siècles, la population augmente.
Le village possède alors deux visages : un bourg agricole à l'intérieur des terres et un quartier portuaire tourné vers l'Atlantique.
Et certains vestiges de cette période sont encore visibles.
LA MAISON DES ANGLAIS : UNE VIEILLE DAME QUI A TOUT VU !
Près de l'église se trouve une ancienne bâtisse connue sous le nom de Maison des Anglais.
Elle conserve des éléments architecturaux anciens, notamment un décor à croisillons et une fenêtre à meneaux de bois.
Les historiens locaux la présentent comme l'un des rares témoignages du temps de la prospérité maritime.
Son surnom rappelle la longue histoire anglaise de l'Aquitaine, même si l'identité précise de ses premiers propriétaires n'est pas établie.
Non loin de là, certains lieux-dits rappellent d'autres activités disparues.
Le quartier du Pey de l'Ancre conserve, dans son nom, le souvenir de l'ancien environnement portuaire.
Et sur le ruisseau de la Prade, le lieu-dit « Au Moulin » rappelle la présence d'un moulin utilisé jusqu'à une époque relativement récente.
À Messanges, il suffit parfois de lire les noms des chemins pour retrouver des morceaux de l'histoire.
1578 : BAYONNE PREND L'ADOUR… ET MESSANGES PERD SA PROSPÉRITÉ !
Toutes les histoires de prospérité ont parfois une mauvaise fin.
Celle-ci porte une date : 28 octobre 1578.
Depuis longtemps, Bayonne souhaite retrouver une embouchure de l'Adour à proximité de la ville.
L'ingénieur Louis de Foix entreprend des travaux considérables afin de créer un nouveau débouché du fleuve vers l'Atlantique.
Après des années d'efforts, le projet aboutit.
L'Adour rejoint désormais l'océan au niveau du Boucau actuel.
Pour Bayonne, c'est une victoire économique majeure.
Pour Messanges et son quartier portuaire, c'est une catastrophe.
La rade s'ensable progressivement.
Les navires disparaissent.
Les activités commerciales déclinent.
Une partie de la population s'en va.
Le Plecq, devenu Port d'Albret, prendra finalement le nom de Vieux-Boucau, la « vieille embouchure ».
Messanges, lui, retrouve essentiellement sa vocation rurale.
Le fleuve était arrivé avec la prospérité.
Il repart, et la prospérité avec lui.
Sans réunion publique, sans concertation, et même sans proposer une petite compensation financière aux habitants !
LE BATEAU FANTÔME DE L'ÉTANG DE MOÏSAN !
Mais l'histoire de l'Adour a aussi laissé une légende extraordinaire.
Selon une tradition locale, lors du détournement du fleuve, un navire appelé Moïsan se trouvait à l'abri au fond de l'ancienne rade.
Le fleuve changeant de cours, les eaux se seraient progressivement retirées.
Et le bateau serait resté prisonnier !
Imaginez le capitaine constatant que son magnifique port vient de se transformer en étang.
« Capitaine, quand repartons-nous ? »
« Dès que l'Adour voudra bien revenir ! »
Malheureusement, l'Adour n'est jamais revenu.
Attention, cette histoire appartient à la légende locale. Aucun document maritime connu ne permet de confirmer l'existence de ce bateau et les circonstances de son abandon.
Mais l'étang de Moïsan, lui, est bien réel.
Il constitue l'un des derniers témoins de cet ancien système fluvial qui a transformé toute la géographie du littoral.
La prochaine fois que vous vous promènerez près de ses berges, souvenez-vous qu'il fut un temps où de véritables bateaux de commerce naviguaient dans les environs.
MESSANGES : UN VIN QUI A VOYAGÉ JUSQU'EN AFRIQUE DU SUD !
Après la disparition de son activité portuaire, Messanges trouve d'autres moyens de vivre.
Il y a la forêt, la résine, les moutons, les cultures…
Mais aussi la vigne !
Pendant des siècles, les habitants cultivent les fameux vins de sable du Marensin.
Les vignerons utilisent des méthodes particulières pour protéger les ceps des vents et travailler les sols sablonneux.
Et voici une anecdote étonnante.
Un ancien cépage blanc cultivé dans le secteur, le Crouchen, porte également parmi ses noms traditionnels celui de « Messanges blanc ».
Ce cépage d'origine française sera développé très loin des Landes.
On le retrouve en Australie sous le nom de Clare Riesling et en Afrique du Sud sous celui de Cape Riesling.
Il ne faut surtout pas le confondre avec le riesling alsacien !
Voilà donc un cépage associé aux vieilles vignes du littoral landais qui connaît une carrière internationale.
Comme quoi, certains raisins du Marensin avaient déjà le goût du voyage !
1803 : QUAND 700 000 PINS PARTENT EN FUMÉE !
Au début du XIXe siècle, Messanges traverse une période difficile.
La population a diminué.
Le bourg ne compte plus qu'une dizaine de maisons.
Les marais favorisent les fièvres et la mortalité infantile reste élevée.
Et voilà qu'une catastrophe survient.
Le 23 août 1803, un immense incendie démarre du côté de Seignosse.
Il progresse à travers les forêts de Soustons, Vieux-Boucau et Messanges.
Selon l'histoire communale, le 27 août, environ 700 000 pins brûlent en une seule journée sur le territoire touché par l'incendie.
C'est gigantesque !
Pour les habitants, la forêt représente une richesse essentielle.
On y récolte la résine, on exploite le bois, on en tire une partie des revenus nécessaires pour vivre.
La catastrophe est donc aussi économique.
Et il faudra du temps pour que la forêt retrouve son importance.
Les grandes campagnes de boisement et de fixation des dunes, notamment à partir de 1837 à Messanges, contribueront à transformer progressivement le paysage.
Ce décor de pins que nous connaissons aujourd'hui n'a donc rien d'immuable.
Il est aussi le résultat de siècles de transformations et du travail des hommes.
1859 : NEUF CORPS RETROUVÉS SUR LA PLAGE DE MESSANGES !
Voici une histoire méconnue, et particulièrement émouvante.
Le 26 novembre 1859, le navire Réveil-Matin fait naufrage au large de Mimizan.
La catastrophe provoque de nombreuses victimes.
Au fil des jours, la mer rejette des corps sur plusieurs portions du littoral landais.
Certains sont retrouvés jusqu'à plusieurs dizaines de kilomètres du naufrage.
À Messanges, les archives de police municipale conservent les procès-verbaux concernant la découverte de neuf corps.
Le maire, un officier de santé et plusieurs témoins se rendent sur la plage.
Ils doivent examiner les victimes, relever les vêtements, tenter d'évaluer leur âge et de déterminer leur identité.
Mais nombre de ces hommes demeurent inconnus.
Les corps sont enterrés près du rivage, au-dessus de la limite des hautes marées.
Derrière les plages de sable blond que nous connaissons aujourd'hui se cache donc aussi l'histoire de ces marins que l'Atlantique n'a jamais rendus à leurs familles.
Il est des pages du passé devant lesquelles même le Canard préfère se taire.
LE 14 JUILLET, ON DISTRIBUAIT DU PAIN ET DU FROMAGE !
Heureusement, l'histoire de Messanges possède aussi des pages beaucoup plus joyeuses.
À la fin du XIXe siècle, le village se modernise lentement.
Les habitants se retrouvent dans les estaminets, discutent de chasse, de pêche, de récoltes et jouent aux quilles.
La municipalité tente aussi d'aider les plus modestes.
En 1883, un atelier de charité est créé.
Et chaque année, pour le 14 Juillet, on distribue gratuitement du pain et du fromage.
Cette tradition se prolongera jusque dans les années 1950.
C'était une manière simple de célébrer la fête nationale, tout en permettant aux familles les plus pauvres de participer.
Pas de traiteur prestigieux, de carton d'invitation ni de place réservée au premier rang.
Du pain, du fromage et de la convivialité !
Au Canard, nous trouvons que nos anciens avaient parfois de très bonnes idées.
1904 : LE PETIT TRAIN SURNOMMÉ « MATCHECUL » !
Au début du XXe siècle, la modernité arrive enfin sur les rails.
En 1904, la ligne de chemin de fer entre Soustons et Léon passe par Messanges.
Une révolution !
Le train permet de transporter les voyageurs et les marchandises plus facilement.
Mais les habitants découvrent rapidement que le confort n'est pas compris dans le billet.
Les sièges sont en bois.
La voie est cahoteuse.
Et le train avance à une allure plutôt tranquille.
Les Messangeots lui donnent alors un surnom resté dans la mémoire locale :
Le « matchecul » !
Tout un programme.
Le petit train traverse la forêt, transporte notamment les produits de l'exploitation forestière et accompagne l'évolution économique du village.
Il finira par disparaître au milieu du XXe siècle.
Mais les anciennes gares et les voies réaménagées rappellent encore son passage.
Aujourd'hui, les cyclistes empruntent tranquillement certains anciens itinéraires ferroviaires.
Avec une différence appréciable : ils peuvent désormais choisir eux-mêmes le confort de leur selle !
1915 : TROIS FRÈRES DE MESSANGES MEURENT LA MÊME ANNÉE !
La Première Guerre mondiale frappe durement les familles landaises.
Et une histoire retrouvée dans les recherches généalogiques locales mérite d'être racontée.
Elle concerne les trois fils d'un couple de Messanges.
Le père, Salvat Lalague, est résinier.
La mère s'appelle Étiennette Pinsolle.
Leurs trois fils sont mobilisés pendant la guerre.
Martin Lalague, né en 1886, disparaît le 25 janvier 1915 à Craonne, dans l'Aisne.
Guillaume Lalague, né en 1877, est blessé le 3 mai 1915. Il meurt le lendemain à l'hôpital de Nœux-les-Mines.
Eugène Adrien Lalague, né en 1880, est tué le 8 juillet 1915 lors des combats du Bois-le-Prêtre, en Meurthe-et-Moselle.
Trois frères. Trois morts. Une seule année.
Leurs noms figurent sur le monument aux morts de Messanges.
Derrière chaque nom gravé dans la pierre se trouve une vie, mais aussi toute une famille frappée par le deuil.
Une histoire bouleversante que les habitants croisent peut-être sans le savoir lorsqu'ils passent devant le monument communal.
1941 : LE CAMP DE PRISONNIERS OUBLIÉ DE MESSANGES
C'est probablement l'une des pages les moins connues de l'histoire locale.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Messanges se trouve en zone occupée.
Les plages sont interdites aux habitants et les dunes sont minées.
Les Allemands construisent des ouvrages défensifs sur le littoral.
Mais saviez-vous qu'un véritable camp de prisonniers a également existé dans le village ?
Il était installé dans une ancienne colonie de vacances, sur la route de la plage.
Le bâtiment avait été construit dans les années 1930 pour accueillir des enfants.
En 1941, il sert à loger des soldats coloniaux français capturés par l'armée allemande.
Les archives retrouvées sont très précises.
Le 11 juin 1941, une inspection mentionne 190 prisonniers.
Le 8 juillet 1941, un rapport recense 183 tirailleurs sénégalais, dont quatre sous-officiers.
Le commandant allemand du camp est identifié sous le nom de Sameluck.
Les hommes travaillent notamment à la coupe du bois dans la forêt.
Leurs journées de travail durent huit heures.
Les installations sont jugées convenables par les inspecteurs, mais les rapports signalent l'absence de chauffage et d'eau dans les lavabos.
Les rations sont maigres.
Certains prisonniers doivent aller chercher de l'eau à une pompe du village, sous escorte allemande.
Une habitante se souvenait de ces soldats remplissant très lentement leurs gourdes, comme pour prolonger ces quelques instants passés hors du camp.
L'homme de confiance chargé de certaines tâches d'intendance s'appelle Samba Traoré.
Voilà un nom qui mérite de ne pas disparaître de notre mémoire locale.
Les documents évoquent également les efforts d'organismes d'assistance pour fournir nourriture, vêtements et objets du quotidien.
Les détenus demandent des lettres, des colis, des livres et des moyens de communiquer avec leurs proches.
Une fois encore, derrière les chiffres apparaissent des vies humaines.
Et voici le détail le plus étonnant.
L'ancienne colonie de vacances existe toujours !
Après la guerre, elle a retrouvé sa vocation d'accueil des enfants, avant d'être transformée bien plus t**d en établissement hôtelier.
Autrement dit, un bâtiment touristique de Messanges a autrefois abrité près de deux cents soldats français prisonniers de guerre.
Une histoire que bien peu de visiteurs soupçonnent.
OLIVIER CALIOT : LE MAIRE QUI A DIRIGÉ MESSANGES PENDANT 52 ANS !
Passons maintenant à un personnage qui a profondément marqué l'histoire du village.
Olivier Caliot.
Né en 1894 à Soustons, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, propriétaire forestier et exploitant d'activités liées au bois et à la résine, il devient maire de Messanges en 1925.
Et il va conserver son mandat jusqu'en 1977.
Soit 52 années à la tête de la commune !
Un demi-siècle.
Pendant cette période, la France connaît la fin de la IIIe République, la Seconde Guerre mondiale, la IVe République, le retour du général de Gaulle et les transformations économiques des Trente Glorieuses.
Lui reste maire de Messanges.
Il exerce également d'importantes responsabilités départementales, jusqu'à devenir président du Conseil général des Landes, et siège à l'Assemblée nationale de 1951 à 1955.
Sous ses mandats, le village se modernise progressivement.
L'électricité gagne les quartiers.
Les routes sont améliorées.
L'éclairage public est développé.
L'eau potable arrive progressivement dans les habitations au cours des années 1960.
Les premiers lotissements accompagnent une nouvelle étape de l'urbanisation.
Mais c'est surtout dans les années 1970 que le maire va se retrouver face à une décision historique.
Une décision qui changera probablement le visage de Messanges pour plusieurs générations.
1973 : MESSANGES DEVAIT AVOIR UN PORT LACUSTRE, UN GOLF ET UN CASINO !
Voilà sans doute la découverte la plus spectaculaire de notre enquête.
Au début des années 1970, l'État lance un vaste programme d'aménagement du littoral aquitain.
L'objectif est de développer le tourisme et de créer de nouvelles stations balnéaires.
C'est l'époque de la MIACA, la Mission interministérielle pour l'aménagement de la côte aquitaine.
Et Messanges fait partie des territoires concernés.
Le projet envisagé est gigantesque.
Il prévoit de transformer une grande partie des espaces situés entre le ruisseau de la Prade, Moïsan et l'océan.
Au programme : un port lacustre, des opérations immobilières, un golf et même un casino !
De nombreuses terres agricoles et forestières auraient dû être expropriées.
Imaginez le Messanges d'aujourd'hui avec son port de plaisance, ses immeubles, son golf, ses commerces et son casino.
Une véritable station touristique !
Mais le maire Olivier Caliot ne voit pas les choses de cette manière.
Il refuse de voir disparaître les exploitations agricoles et forestières qui constituent encore une part importante de l'économie locale.
Des pétitions et des manifestations accompagnent l'opposition au projet.
Et le 15 juin 1973, le conseil municipal de Messanges refuse les aménagements proposés.
C'est une décision majeure.
Selon les recherches historiques locales, les investissements touristiques de la MIACA sont alors réorientés vers d'autres opérations, notamment Port d'Albret et Moliets.
Messanges conserve ainsi une large partie de son environnement forestier et de ses espaces naturels.
Ce choix ne signifie pas que le village refuse toute évolution.
Les campings, les équipements et les quartiers résidentiels se développeront également.
Mais pas sous la forme de la grande opération touristique initialement envisagée.
Et voilà une question amusante à poser aux habitants :
Messanges aurait-il eu le même charme aujourd'hui avec son casino, son golf et son immense port de plaisance ?
Chacun aura son opinion.
Mais une chose est certaine : le 15 juin 1973, une décision municipale a contribué à façonner le Messanges que nous connaissons.
LE VILLAGE DES SARDINADES ET DES CANONS !
À partir des années 1950 et 1960, Messanges se tourne progressivement vers le tourisme.
Les premiers estivants découvrent une plage immense et un cadre encore sauvage.
Les hôtels proposent un confort simple, dans une atmosphère familiale.
Puis les campings apparaissent.
Le camping de Moïsan figure parmi les premiers équipements touristiques du village.
La population saisonnière augmente.
Le surf prend progressivement sa place dans la culture locale.
Mais Messanges conserve aussi ses traditions.
Parmi les plus célèbres, les sardinades !
Et il fut un temps où ces festivités étaient annoncées à grands coups de canon.
Oui, de canon !
Une méthode plutôt efficace pour prévenir les habitants.
Aujourd'hui, nous avons les réseaux sociaux, les affiches et les notifications.
À Messanges, autrefois, on sortait l'artillerie pour annoncer les sardines !
Au moins, personne ne pouvait prétendre ne pas avoir été prévenu.
MESSANGES : UN PETIT VILLAGE QUI A TRAVERSÉ UNE IMMENSE HISTOIRE
Aujourd'hui, lorsqu'on traverse Messanges, on voit un joli bourg, des quartiers résidentiels, des pistes cyclables, des campings et une forêt qui semble s'étendre jusqu'à l'infini.
Mais derrière ce décor tranquille se cachent des siècles d'aventures.
Les Templiers y possédaient des terres.
Les pèlerins y traversaient des chemins incertains.
L'Adour y a apporté la prospérité avant de repartir vers Bayonne.
La légende raconte qu'un bateau y serait resté prisonnier d'un étang.
Un immense incendie y a dévasté la forêt.
Des familles y ont vécu de la résine et des vins de sable.
Un petit train y a cahoté sous le surnom de « matchecul ».
Trois frères du village sont morts la même année sur les champs de bataille de 1915.
Et une ancienne colonie de vacances a abrité des prisonniers de guerre venus de très loin.
Enfin, en 1973, le village a refusé un projet d'aménagement qui aurait radicalement transformé son littoral.
Ce qui frappe dans toute cette histoire, c'est la capacité de Messanges à changer, parfois sous la contrainte des événements, tout en conservant son caractère.
Alors, la prochaine fois que vous traverserez le village pour rejoindre la plage, regardez un peu différemment la vieille église, l'ancienne gare, les maisons anciennes et les étangs.
Vous ne verrez plus tout à fait le même Messanges.
Car ce village a peut-être perdu son fleuve et son port, mais il a gardé quelque chose d'essentiel : son histoire, sa forêt et son identité.
Et pour le Canard, c'est déjà un sacré patrimoine !
Le Canard de la MACS – La MACS comme vous ne l'avez jamais connue !