26/10/2026
« Frotte bien, qu'il ne reste plus un poil ! » La grand-mère nous tendait les coings et un vieux torchon.
C'était pendant les vacances de la Toussaint, dans la cuisine des grands-parents. Le panier de coings attendait depuis des jours sur l'armoire, et toute la maison en sentait déjà le parfum, sucré, presque fleuri. Assis côte à côte sur le banc, les cousins frottaient le duvet gris jusqu'à ce que la peau devienne jaune et luisante. Le duvet nous restait collé aux doigts.
Le grand-père, lui, s'occupait de couper. Le coing est dur comme du bois : il appuyait de tout son poids sur le grand couteau, et la lame grinçait jusqu'au cœur. Les morceaux tombaient dans la bassine en cuivre, l'eau frémissait sur la cuisinière, et la buée couvrait les carreaux.
Le soir, la grand-mère versait tout dans un linge noué aux quatre pieds d'un tabouret retourné. Interdiction de presser, sinon la gelée serait trouble. Toute la nuit, on entendait le jus tomber goutte à goutte dans la terrine.
Le lendemain, avec le sucre, la bassine se mettait à bouillonner, et la cuillère de bois raclait le fond sans arrêt. Une goutte sur une assiette froide : si elle figeait, c'était prêt. Les pots s'alignaient sur la toile cirée, couleur d'ambre rose dans la lumière de la fenêtre, et les petits se disputaient l'écume à étaler sur une tartine.
Des mois plus t**d, il suffisait d'ouvrir un pot pour que toute la cuisine de la Toussaint revienne d'un coup.
Et vous, chez qui faisait-on la gelée de coings, et quel rôle vous laissait-on ? 👇