02/06/2026
Dimanche, on était à la foire de Lageyrat. Lageyrat, c'est un village à côté de Châlus. Une quinzaine de maisons, un lavoir, une église médiévale. Pourtant, la foire de Lageyrat, c'est une institution locale. Il s'agit avant tout d'un vide-grenier. On y trouve de tout. Des babioles. Et puis des trésors. Mon trésor à moi, je l'ai trouvé sous la forme d'une herminette à dix €uros et d'une serpe de feuillardier d'un modèle extrêmement bien pensé : un revers renforcé pour taper avec une mailloche, un crochet pour la mettre à la ceinture, une pointe pour fendre. Quinze €uros.
A Lageyrat, on retrouve surtout tous les anciens des coins. Ils sont tous là. Certains font des démonstrations de vieux métiers. On ne pouvait pas rater le père Réjasse avec sa moissoneuse-batteuse de l'entre deux guerre, un forgeron qui fait des tire-bouchons, Jof, un copain potier qui doit me faire un bol tripode d'inspiration chinoise du Ier siècle avant JC, et puis Lajudie, un de nos derniers feuillardiers. Un feuillard, c'est un cercle de barrique en jeune pousse de châtaignier refendue. En 2026, ça reste une niche de marché. Lajudie, il a un carnet de commande plein malgré que les gestes de son métier datent de l'époque gauloise. Le mec, il cause pas. Il bosse. On s'est mis d'accord pour que je passe le voir l'hiver prochain pour causer techniques de refente. Sa carte de visite, il me l'a faite sur un copeau ou j'ai écris son 06.
Naturellement, il y avait le vieux père Guilloux, un des instigateurs de cette foire. Il est à la fois apiculteur, pomiculteur et castaniculteur. Lui, il sait tout ce qu'on peut savoir sur la châtaigne et les abeilles. Je l'ai cuisiné un peu pour savoir ce qu'il pensait du semis direct de la marigoule. C'est un pari sur 20 ans. Mieux vaut savoir où on va.
Il y avait aussi mon copain Ron, le pépiniériste hollandais. Ron, c'est quelqu'un qui m'a beaucoup inspiré. C'est un pionnier, un explorateur. Une prochaine fois, je vous raconterais qui il est, ce qu'il a fait, comment il a monté sa micro-ferme permaculturelle vingt-cinq ans avant tous les autres.
Il y avait aussi ce couple d'anglais, spécialisés dans la rose, des roses buissonnantes, grimpantes, remontantes, modernes ou anciennes, odorantes. Joli travail. D'ailleurs, saviez-vous que notre commune de Vayres s'appelle Vayres les roses ? Et que la rose en question est la rose de Retsch ? Encore une belle histoire à raconter.
A la fin de la journée, on a retrouvé Olivia, de La Ferme de la Goursaline. Avec son mari David, ils ont repris et développé un modèle basé sur l'autonomie alimentaire et l'agrotourisme. Très chouette projet. On les aime bien. Ils ont de la méthode. Et puis un beau tilleul platyfollium qu'on a été cueillir chez eux après le marché.
C'était dense, cette journée. Lageyrat, ca fait partie de ces marchés où on retrouve tous les gens du pays, des gens ancrés dans un monde paysan. Notre monde à nous.